Choisir entre micro-entreprise et SASU revient à arbitrer entre deux logiques opposées. La première mise sur la simplicité administrative et un calcul de cotisations adossé au chiffre d’affaires. La seconde offre une vraie protection patrimoniale et une fiscalité optimisable, mais facture cette flexibilité en charges fixes. Le bon choix dépend de quatre variables : votre chiffre d’affaires prévisionnel, votre niveau de charges, votre besoin de protection sociale, et vos perspectives de croissance.
La micro-entreprise version 2026 : plus de plafond, mais plus de cotisations
Le régime a été revalorisé pour la période 2026-2028. Le plafond passe à 83 600 € HT pour les prestations de services (BIC ou BNC) et à 203 100 € HT pour les activités de vente. Les seuils de franchise de TVA, eux, n’ont pas bougé : 37 500 € pour les services, 85 000 € pour les ventes. Au-delà, vous restez en micro mais devez collecter la TVA, ce qui complique sensiblement la facturation et la gestion.
Côté cotisations, le taux des prestations de services en BNC passe de 24,6 % à 25,6 % au 1er janvier 2026. Pour un freelance qui facture 60 000 € annuels, cela représente 600 € de cotisations supplémentaires. À noter : un dépassement ponctuel sur une seule année n’éjecte pas du régime. Il faut deux dépassements consécutifs pour basculer automatiquement au régime réel l’année suivante.
La SASU : protection sociale et optimisation fiscale, à un prix
La SASU isole votre patrimoine personnel grâce à la responsabilité limitée aux apports. Le président est assimilé-salarié : il cotise au régime général et bénéficie d’une couverture sociale identique à celle d’un cadre, hors assurance chômage. Le revers : les charges sociales atteignent environ 80 % du salaire net (45 % de patronales sur le brut, 22 % de salariales), ce qui rend toute rémunération sous forme de salaire mécaniquement coûteuse en début d’activité.
L’astuce consiste à optimiser via les dividendes, soumis à la flat tax de 30 % (12,8 % d’IR + 17,2 % de prélèvements sociaux). Sur 50 000 € de bénéfice après IS, sortir 30 000 € en dividendes coûte 9 000 € de fiscalité, contre près de 24 000 € si la même somme passe en salaire. Mais cette stratégie ne fonctionne que si le résultat est confortable : si vous facturez 40 000 € HT avec peu de charges, l’arbitrage devient moins évident.
Côté coûts fixes, comptez 250 à 400 € pour la création (annonce légale + greffe), puis 1 500 à 3 000 € par an pour l’expert-comptable, désormais quasi indispensable au vu de la complexité comptable.
Comparaison point par point
Plafond de chiffre d’affaires : aucun pour la SASU, 83 600 ou 203 100 € pour la micro selon l’activité.
Coût de lancement : 0 € en micro contre environ 350 € en SASU, plus la rédaction des statuts (gratuite si vous utilisez un modèle, 500 à 1 500 € chez un professionnel).
Charges sociales : 21,2 % à 25,6 % du CA en micro selon l’activité, contre environ 80 % du salaire net en SASU mais uniquement sur ce qui est versé en rémunération.
Protection sociale : minimale en micro (pas d’indemnités journalières correctes en cas d’arrêt long, retraite faible), correcte en SASU (assimilé-salarié, retraite cadres).
Comptabilité : simple livre de recettes en micro, comptabilité d’engagement complète en SASU avec dépôt des comptes annuels au greffe.
Déductibilité des charges : impossible en micro, le calcul se fait sur le CA brut avec un abattement forfaitaire (34 % pour les BNC, 50 % pour les BIC services, 71 % pour le négoce). En SASU, toutes les charges réelles sont déductibles : matériel, abonnements, frais de déplacement, formation, local.
Pour qui chaque statut est-il pertinent
La micro-entreprise reste le meilleur choix dans trois cas concrets : pour tester une activité avant de s’engager, pour exercer en complément d’un salariat ou d’une retraite, ou pour une activité de service à faibles charges où l’abattement forfaitaire couvre largement les frais réels. Un consultant indépendant qui travaille de chez lui avec un ordinateur et un téléphone comme seuls outils sera fiscalement avantagé en micro tant qu’il reste sous 50 000 € de CA.
La SASU devient pertinente dès lors que vous remplissez l’une de ces conditions : vous prévoyez de dépasser les plafonds dans les 12 à 18 mois, vous avez des charges professionnelles élevées (matériel, sous-traitance, locaux), vous voulez vous constituer une vraie protection sociale, ou vous comptez accueillir un associé à terme. Un point de bascule fréquemment observé : autour de 60 000 € de bénéfice net annuel, la SASU avec stratégie dividendes devient mathématiquement plus rentable qu’une micro à plafond.
En résumé
- Plafond micro 2026 : 83 600 € pour les services, 203 100 € pour la vente
- Cotisation BNC en hausse à 25,6 % depuis janvier 2026
- Bascule SASU intéressante autour de 60 000 € de bénéfice net annuel
- Coût d’entrée SASU : environ 350 € + 1 500 à 3 000 € par an de comptable
- La protection sociale et la déductibilité des charges constituent les deux vrais arguments en faveur de la SASU
FAQ
Peut-on passer de la micro à la SASU sans tout recommencer ?
Non. Juridiquement, il faut radier la micro puis créer la SASU. Vous conservez votre clientèle, mais l’historique comptable repart à zéro. Pour un changement progressif, certains entrepreneurs créent la SASU en parallèle pendant six mois avant de fermer la micro.
La SASU permet-elle de toucher le chômage en cas d’échec ?
Non, le président de SASU n’est pas affilié à l’assurance chômage (Pôle Emploi devenu France Travail). Pour bénéficier d’une protection en cas d’arrêt d’activité, il faut soit conserver des droits ARE acquis avant la création, soit souscrire une assurance privée type GSC (entre 600 et 2 000 € annuels selon les garanties).
Peut-on cumuler micro-entreprise et salariat ?
Oui, à condition que votre contrat de travail ne contienne pas de clause d’exclusivité ou de non-concurrence couvrant l’activité visée. Beaucoup de salariés démarrent ainsi pour valider leur projet sans renoncer à leur sécurité immédiate.
Le bon réflexe avant de trancher
Avant de choisir, modélisez votre compte de résultat prévisionnel sur deux scénarios : un cas pessimiste à 50 % du CA prévu, un cas réaliste. Calculez ce qu’il vous reste net après cotisations et impôts dans chaque statut. Le résultat surprend souvent : sur les deux ou trois premières années, la micro l’emporte presque systématiquement, sauf si vous avez plus de 30 % de charges réelles. La SASU prend tout son sens à la croissance, pas au démarrage.
