Deux lignes inattendues figurent parfois sur un relevé annuel : un prélèvement au titre de l’impôt sur le revenu, et un autre au titre des prélèvements sociaux. De quoi dérouter des épargnants convaincus de ne posséder qu’un Livret A exonéré de tout. Dans la quasi-totalité des cas, le compte en question n’est pas un Livret A ordinaire, mais un Livret A Sup , un produit maison du CIC et de certaines caisses du Crédit Mutuel. Tout vient d’un nom presque identique pour deux fonctionnements très éloignés.

Le Livret A : un cadre identique dans toutes les banques
Le Livret A est un livret réglementé dont l’État fixe le taux. Depuis le 1er février 2026, il rapporte 1,5 % net , sans impôt ni prélèvements sociaux, contre 1,7 % entre août 2025 et janvier 2026, et 3 % début 2025. Son plafond de versement est figé à 22 950 € pour un particulier (76 500 € pour une association). Une fois ce seuil atteint, plus aucun versement n’est accepté : seuls les intérêts continuent de s’empiler par-dessus le plafond, eux aussi exonérés.
Aucune banque ne peut moduler ce taux. Un Livret A à la Banque Postale, au Crédit Agricole ou en ligne affiche exactement 1,5 %. La règle de détention est stricte : un seul Livret A par personne, sous peine de fermeture du doublon. C’est cette unicité qui crée le malentendu dès qu’une enseigne propose une version dite « améliorée ».
Le Livret A Sup : un Livret A classique greffé à un livret fiscalisé
Le Livret A Sup n’est pas un livret réglementé. C’est un montage à deux compartiments réunis sous un seul relevé. Le premier est un Livret A normal, plafonné à 22 950 € et rémunéré à 1,5 % net. Le second, la « poche Sup », est un livret bancaire fiscalisé dont la banque fixe librement le taux. Au CIC, cette poche affiche aujourd’hui 0,50 % brut , soit environ 0,35 % net après le prélèvement forfaitaire unique (PFU) de 30 %.
L’argument de vente tient au plafond : jusqu’à 100 000 € pour un particulier (200 000 € pour une association), contre 22 950 € pour un Livret A seul. L’épargnant n’a rien à piloter : au-delà de 22 950 €, la banque bascule automatiquement les sommes vers la poche fiscalisée. L’ouverture passe par une étape méconnue, le « Livret Prem’s », un compte provisoire le temps que l’établissement vérifie l’absence d’un autre Livret A à votre nom.
Le piège se loge ici. Au-delà de 22 950 €, le rendement net tombe sous 0,35 % , très loin des 1,5 % de la part réglementée. Beaucoup de titulaires continuent d’alimenter le compte sans réaliser que chaque euro versé au-dessus du plafond rapporte plus de quatre fois moins et devient imposable.
Comparaison chiffrée : là où tout se joue
| Critère | Livret A | Livret A Sup |
|---|---|---|
| Taux part réglementée | 1,5 % net | 1,5 % net jusqu’à 22 950 € |
| Taux au-delà de 22 950 € | versements bloqués | ≈ 0,50 % brut (≈ 0,35 % net) |
| Plafond de versement | 22 950 € | 100 000 € |
| Fiscalité | exonération totale | poche Sup soumise au PFU 30 % |
| Disponibilité | immédiate, sans frais | immédiate, sans frais |
| Distribution | toutes les banques | CIC et certaines caisses Crédit Mutuel |
Sur 30 000 € placés, l’écart devient concret. Les 22 950 € réglementés rapportent environ 344 € nets dans les deux cas. Les 7 050 € restants logés dans la poche Sup ne génèrent qu’environ 25 € nets par an , contre 0 € sur un Livret A classique, faute de pouvoir les y verser. Le Sup permet donc de placer le surplus, mais à un rendement proche de zéro une fois la fiscalité déduite.
Cette poche Sup se fait largement dépasser par d’autres supports tout aussi sûrs. Le LDDS offre 1,5 % net jusqu’à 12 000 €. Le LEP , réservé aux revenus modestes, atteint 2,5 % net jusqu’à 10 000 €. Un fonds euros d’assurance-vie ou un compte à terme battent eux aussi nettement les 0,35 % nets de la poche Sup pour une épargne destinée à dormir.
Pour qui chaque option a du sens
Pour une épargne de précaution de 3 à 6 mois de dépenses, le Livret A seul suffit. En dessous de 22 950 €, la poche Sup n’apporte rien : autant conserver un Livret A ordinaire et placer l’éventuel surplus sur un LDDS ou un LEP mieux rémunérés.
Le Livret A Sup ne se défend que dans un cas précis : un surplus de trésorerie temporaire à garer quelques semaines, par exemple le produit d’une vente immobilière en attente de réemploi. Sur une si courte durée, la centralisation sur un seul compte l’emporte sur le rendement. Sur plusieurs années, laisser 50 000 € ou 80 000 € dormir à 0,35 % net revient à perdre du pouvoir d’achat dès que l’inflation dépasse ce seuil, ce qui est presque toujours le cas.
Les associations loi 1901 forment l’autre profil pertinent. Leur Livret A Sup grimpe jusqu’à 200 000 €, utile pour une réserve de trésorerie totalement disponible et garantie, même si la part fiscalisée reste peu généreuse.
Questions fréquentes
Peut-on détenir un Livret A et un Livret A Sup en même temps ? Non. La réglementation n’autorise qu’un seul Livret A par personne. Ouvrir un Livret A Sup impose donc de clôturer un Livret A détenu ailleurs. La banque le contrôle avant l’ouverture, d’où l’étape du Livret Prem’s provisoire.
Comment savoir si je détiens déjà un Livret A Sup sans le vouloir ? Deux indices suffisent : un plafond de versement supérieur à 22 950 €, et l’apparition sur le relevé annuel de lignes d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux. Un Livret A classique n’en génère jamais.
Faut-il alimenter la poche Sup au-delà de 22 950 € ? Rarement. Au-delà du plafond réglementé, mieux vaut diriger l’épargne vers un LDDS, un LEP en cas d’éligibilité, ou un fonds euros, tous plus rémunérateurs que les 0,35 % nets de la poche Sup.
Conclusion
Le mot « Sup » ne désigne pas un Livret A supérieur, mais un Livret A doublé d’un livret bancaire ordinaire. Tant que l’encours reste sous 22 950 €, les deux produits se valent exactement. Au-delà, la différence se chiffre en dizaines d’euros perdus chaque année et en intérêts imposés. Avant de laisser filer votre épargne dans la poche fiscalisée, vérifiez votre plafond réel et comparez avec un LDDS, un LEP ou une assurance-vie. La commodité d’un seul relevé se paie souvent plus cher qu’elle ne rapporte.
